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      J'ai été voir Là-Haut tout récemment, de Disney, et je vais vous en parler. Je vous préviens, la critique s'annonce dithyrambique, ça va vous changer un peu de mes grands coups de gueule. Les spoils sont balisés ainsi [spoil ! vous avez bien surligné, bravo], si vous voulez les lire, surlignez entre les balises.

       J'en avais entendu de bonnes critiques et l'affiche m'attirait beaucoup, je le sentais bien quoi, donc je m'y suis rendue avec Copain. J'ai rapidement été surprise par la tournure de l'aventure : [en effet, le voyage en lui-même, auquel fait référence le titre du film, n'occupe pas une très grande part de] l'histoire. Quelle est-elle d'ailleurs ?

       Un papy bougon [, veuf,] rêve depuis toujours de s'envoler en Amérique du Sud [en partie en mémoire de sa défunte épouse, qui partageait son rêve sans qu'ils aient pu le réaliser avant sa mort]. L'occasion va lui être donnée par de méchants promoteurs immobiliers (ou quelque chose de ce genre) qui veulent racheter sa maison tandis que lui-même serait expédié en maison de retraite. Mais notre papy se rebelle ; il avait tout prévu et, au dernier moment, fait envoler sa maison par des centaines de ballons gonflés à l'hélium (il était vendeur de ballons). Mais, alors qu'il pense s'être envolé tout seul, un petit garçon un peu neuneu s'est invité sans le faire exprès.

       Je ne vais pas vous détailler le reste, simplement vous relater ce que j'ai trouvé génial dans tout ça.

       Les personnages, premièrement. Ils sont tous aussi attachants les uns que les autres. Certes ils incarnent des lieux communs des dessins animés, mais leurs personnalités sont infiniment plus subtiles que la moyenne de ce à quoi on a droit.

       Le gamin n'est pas parfait, il est même carrément chiant et c'est fait exprès (pas comme l'abominable Arthur des Minimoys, d'une perfection complètement niaise et ridicule), mais il est gentil et généreux, on le sent en pleine formation de son sens moral ; le papy est parfois franchement con et désagréable, sans que ce soit gratuit de la part des réalisateurs (même si ça peut l'être parfois de sa part à lui), il est sans doute un peu aigri par certaines choses mais ne plonge pas dans la pure méchanceté ou la bêtise profonde, et sait se remettre en question ; le chien est fabuleux, à la fois moche mais mignon, bête et adorable, et surtout, pour une fois, on voit une vraie personnalité de chien au cinéma : les réalisateurs ont enfin créé ce dont je rêve depuis toute petite [à savoir un collier de chien qui prononce en français les pensées de l'animal avec une voix adaptée à sa personnalité. C'est une trouvaille qui donne lieu à des scènes de dialogues bien poilantes, uniquement parce que, là encore, les personnalités des chiens sont extrêmement réalistes] ; le méchant est un méchant subtil, aux prises avec la vraie folie plus qu'avec les principes sacrés des Bons et des Méchants, et sa folie en fait l'inverse du papy héros. Celui-ci en vient en effet à penser que, réaliser les rêves d'enfants, c'est cool, il n'est jamais trop tard pour le faire, et personne ne l'en empêchera jamais ; mais il garde sa souplesse d'esprit et comprend qu'il n'y a pas lieu de prendre ses obsessions pour des vraies valeurs, que la vie présente importe plus que le passé. C'est la morale que j'ai tirée du film, du reste. [L'oiseau mystère, quant à lui, est tout à la fois amusant, classe, étrange et très touchant.] Ces psychologies réalistes rendent les dialogues vraisemblables, tels qu'ils pourraient être en vrai et non pas tels qu'ils le devraient si le monde était vachement cool.

       Quoi d'autre ? L'humour. Il est profondément original, tel que je n'en avais jaùmais vu de tel. Une certaine forme de cynisme fashion (à l'œuvre aussi bien dans les excellents Âge de Glace que dans les bouses d'Arthur et les Minimoys) semble à la mode dans les dessins animés pour enfants, pas de trace ici ; ça n'a rien de commun non plus avec l'humour assez anglais des Wallace et Gromit (que j'adore personnellement). En bref, on rit franchement, sans mièvrerie, pas parce qu'on a bien vu qu'il fallait rire, ou qu'on a saisi la référence/comparaison bien amenée, ni parce qu'on trouve ça trop mimi ; mais juste parce qu'on ne peut pas se retenir. Il y a une vraie personnalité dans cet humour, à la fois très simple, inventif, surprenant, compréhensible par tout le monde, mais extrêmement tendre et surtout très efficace.

       Les scènes d'action sont palpitantes, bien plus que dans beaucoup de films estampillés comme tels, et l'histoire pleine de suspense et rebondissements intéressants. On chiale aussi, et on chiale de manière tout à fait adulte ; personne, ni vieux ni jeunes, n'est pris pour un con.

       Par contre les graphismes sont laids. L'animation en elle-même est parfois impressionnante de fluidité et de réalisme, mais visuellement, c'est vilain ; pour autant, les personnages ont des tronches qu'on finit par aimer, mais ça tient à la qualité de leurs personnalités. Le doublage français rend bien, j'ai appris tout à la fin que Charles Aznavour avait doublé le papy ; je suis loin d'être une fan mais en tout cas, il double bien. La mocheté des graphismes, certes regrettable, fait que l'on se rend compte à quel point le film est bon d'une part - puisqu'on l'apprécie malgré ce gros défaut, pour un dessin animé - et d'autre part que les prouesses techniques ne sont définitivement pas un gage de qualité. Il y a des choses plus importantes que l'emballage, et je suis moi-même surprise d'avoir tant aimé un film assez laid, qui accorde tant d'importance à l'esthétique.

       D'ailleurs je n'ai pas été la seule à aimer, Copain en question l'a trouvé aussi bon que moi, ça m'a bien fait plaisir car c'est moi qui avait suggéré d'aller voir celui-là plutôt qu'un autre.

       Alors allez-y, si vous le pouvez ; c'est prenant, rigolo, émouvant, subtil ; un truc complètement anti-snobisme et anti-suicide ; un vrai beau film simple et efficace sur la pulsion de vie.