a. le suicide au travail, dont on parle beaucoup. Ce qui me choque le plus là-dedans, très honnêtement, ce ne sont pas les conditions de travail qui mènent au suicide. Car ça, c'est affreux, on est d'accord, le mec qui en vient à se pendre tellement son boss est immonde, tellement ses collègues sont invivables, tellement l'ambiance est faite de médiocrité, de pression et de méchanceté, ben on se dit, le pauvre, quel enfer il a dû vivre. Mais il y a pire que cet enfer, il y a l'importance démesurée qu'on accorde (qu'on nous pousse à accorder) à un gagne-pain, une fonction, une position sociale. Ces gens qui se sont suicidés, ils avaient bien des amis, de la famille, , de braves animaux de compagnie gentils et purs, des gens qui les aiment et qu'ils aimaient non, des questionnements existentiels ? Eh bien tout cela, toutes ces belles choses humaines et douces réunies avaient infiniment moins d'importance que leur boulot puisque ça n'a pas suffi à leur donner le goût de vivre. Alors peut-être que leur femme était une pute intéressée par leur pognon, leurs gamins des merdeux pourris gâtés ingrats et méchants, leur famille une tribu de connards patentés? Je l'espère, franchement, je l'espère de tout cœur. J'espère qu'ils sont morts parce que leurs vies, à côté d'un boulot inutile voire néfaste, étaient atrocement tristes, j'espère qu'ils n'avaient pas de braves petits enfants / chiens / chats / chevaux qui leur sautaient (sic) au cou tous joyeux quand ils rentraient du boulot. J'espère qu'ils vivaient pas une histoire merveilleuse avec l'amour de leur vie. Autrement c'est effroyable et vertigineux, non ? Estimer qu'un emploi donne son sens à une vie. Waw. OK j'admets qu'on soit passionné par ce qu'on fait, mais quoi, le jour où ça foire complet, on fait une dépression pendant un mois ou deux, on change de job et on maudit les connards qui nous ont fait du mal, et c'est terminé quoi, merde y'a les copains à côté, la madre, les lardons, le chien qui n'aspire à rien d'autre, de toute son existence, qu'à vous faire plaisir, vous aimer et rapporter la balle, les nétoiles dans le grand ciel trop grand, les séquoïas, ces putains de gnous du Masaï Mara qui vont se faire déchiqueter par les crocodiles pendant la migration, Des milliards de tapis de cheveux, The Organ, l'Égypte ancienne, les génériques d'animés des années 80, enfin tout ça ensemble, ça compenserait pas la pression au travail ? Allons. Il faut quand même une mentalité, disons, étrange, non pas pour se suicider, mais pour se suicider pour son boulot. Notez que je le comprends, mais c'est justement pourquoi ça me choque. Parce que je vois très bien ces gens aimer leur boulot plus que tout, être à fond sur leur carrière, croire en ce qu'ils font et non pas seulement être obnubilés par le pognon ou la bêtise. Évidemment que c'est possible, évidemment qu'ils en ont le droit. Ben moi j'ai le droit de trouver ça tragique et vertigineux.

b. le décès d'une minette. Ce week-end, Homme a perdu sa minette adorée, chérie, aimée entre toutes les minettes. Il a bien du mal à s'en remettre (mais n'envisage pas le suicide, hah), il y tenait beaucoup. Il est allé l'enterrer dans un bel endroit paisible, une forêt où coule tout près un petit ruisseau. Il a fait ça dimanche matin, la chatte étant décédée le samedi soir; il avait passé la nuit à pleurer dans le lit, sur le petit cadavre poilu. Moi, avant l'événement, j'avais passé 2 jours de tristesse et d'agacement, pi je me suis souvenue pour le coup de ses grandes qualités. Il y a des gens qui souffrent peu, ne s'en remettent jamais, ne cherchent jamais à s'en remettre d'ailleurs, et passent leur vie à le reprocher au monde entier. Il est juste leur contraire. Quand il est rentré dimanche en début d'après-midi, après l'enterrement, il neigeait... Notre toute première neige lyonnaise. On l'aurait dite faite pour ça: consoler, apaiser, aplanir, ensevelir...